dimanche 8 novembre 2015

Ils l'appelaient Brioche.

Ils l'appelaient Brioche, et moi je n'ai rien dit, rien fait pour les en empêcher.

Elle avait un appareil dentaire, moi aussi. Elle était timide, réservée et attentive en classe, moi aussi. Ils s'acharnaient verbalement sur elle, pas sur moi!



C'était au collège, j'étais en 4ème et je venais d'arriver dans ce collège public plutôt bien fréquenté de cette ville moyenne plutôt bourgeoise. 
Je débarquais tout juste de l'île de la Réunion, ne maîtrisant aucun code vestimentaire, immature et bonne élève, j'étais "l'intello". Je passais ma journée sur le qui-vive à guetter où il ne fallait pas être, qui il ne fallait pas regarder. Je naviguais entre les obstacles, transparente.
J'avais 1 ou 2 copines tout aussi mal dans leur peau et impopulaires que moi et on se cachait.

Elle était seule, mangeait parfois un goûter le matin à la récréation, une brioche, dont les miettes se coinçaient dans son appareil dentaire, et ils l'ont appelée Brioche toute l'année!
Sous l'impulsion d'1 ou 2 leaders, généralement près des salles de techno car on n'y croisait pas de surveillants, le lynchage commençait: "Hé Brioche, t'as pas pris ta brosse à dents? ... Qui voudrait sortir avec une fille aussi dégueulasse? ... Souris pour voir? " Ils allaient parfois jusqu'à la bousculer, lui ouvrir la bouche de force.
Elle souriait, fébrilement, comme si elle participait elle aussi à la blague, et je baissais les yeux, soulagée que ce soit elle la victime et pas moi!

Adolescente, je n'en ai jamais parlé à mes parents, imaginant que c'était normal et que j'étais trop sensible.
Ces scènes ne m'ont jamais quittée, je repense à elle fréquemment, je n'ai jamais oublié ces longs mois insupportables. J'ai cherché à la retrouver mais je n'ai que son prénom et cet horrible surnom... 

A cette époque, j'aurais aimé être assez forte pour la défendre, leur dire stop, j'y pensais souvent. 
Aujourd'hui, ma chance est de pouvoir accompagner des enfants et des adolescents dans la construction de leur vie sociale. Il m'arrive aussi d'aborder avec mes propres enfants la différence entre un jeu et une brimade.
Aujourd'hui, ma force est de compter parmi ceux qui pensent que ce n'est pas acceptable cette violence entre enfants ou adolescents et que nous, adultes, ne devons pas tolérer que la loi de la jungle s'impose.

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